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Laboratoire des Hypothèses



43°59′44″ Nord, 7°08′54″ Est. Clans.
Après 2 années de sommeil, le réveil de la base.

Voici comment un tsunami a retourné le Léman en l’an 563

Par Justin Favrod le 04.08.2011 - La Tribune de Genève
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Une spécialiste des sédiments lacustres a découvert des traces de la catastrophe mythique du Tauredunum. Mieux: la chercheuse genevoise a pu reconstituer le déroulement du drame.

Enfin, la vérité sur le mythique tsunami du Léman. En l’an 563 de notre ère, le pourtour du Léman a connu une journée catastrophique. Deux chroniqueurs contemporains du drame, Grégoire de Tours et Marius d’Avenches, ont laissé le récit des événements. Une montagne en Valais avait émis pendant plusieurs jours des grondements sourds. Subitement, elle s’écroula sur un bourg nommé Tauredunum, tuant toute la population.

Un raz-de-marée faucha tout sur son passage

S’ensuivit dans le Léman un raz-de-marée qui faucha tout sur son passage, humains, troupeaux, maisons. Même les églises, seuls édifices en pierre, se virent jetées à bas: les deux rives du lac furent dévastées. La vague destructrice frappa enfin Genève. Les moulins furent emportés, ainsi que le pont sur le Rhône, sans compter les passants.

Depuis plus de deux siècles, historiens, archéologues et géologues ont tenté de comprendre ce qui s’était réellement passé. Les deux sources écrites sont contradictoires. C’est pourquoi plusieurs hypothèses subsistaient encore avant la découverte toute fraîche de Katrina Kremer, doctorante genevoise en limno-géologie (autrement dit, une spécialiste des sédiments lacustres).

Les uns défendaient que c’est une partie des Dents-du-Midi qui, en tombant, auraient obstrué le Rhône en aval de Saint-Maurice, créant un lac provisoire. Le barrage naturel aurait fini par céder, noyant le Chablais, puis provoquant le raz-de-marée lacustre.

Pour la majorité des historiens, ce serait plutôt le Grammont qui se serait écroulé soit dans la vallée du Rhône, soit dans le Haut-Lac.

Dans le premier cas, un tremblement de terre aurait causé indépendamment la chute de la montagne et le tsunami. Dans le second cas, la masse de roche, en tombant directement dans le lac, aurait soulevé une vague gigantesque.

Surprise dans les sédiments du fond du lac

Rien de tout cela n’est vrai. Depuis une année et demie, Katrina Kremer travaille sur le fond du lac, entre Lausanne et Evian. En étudiant les sédiments déposés au plus profond, elle voulait reconstruire l’histoire des crues du Rhône. Pour ce faire, elle a circulé l’automne dernier sur le Léman en effectuant des sondages par des ondes au moyen d’un «pinger» – selon le même principe qu’une échographie – et en prélevant des carottes de dix mètres de long au fond du lac, à 300 mètres de profondeur.

Et là, ce fut la surprise: en dessous des couches de sédimentation, un gigantesque dépôt de sable de 10 mètres d’épaisseur, de couleur sombre. Il s’étend au plus profond du lac sur 15 kilomètres de longueur et 7 kilomètres de largeur. Cette gigantesque couche s’est déposée d’un seul coup.

Des feuilles et un morceau de bois ont permis de procéder à des datations par le procédé du carbone 14: le dépôt est antérieur au VIIe siècle et postérieur au IIIe siècle de notre ère. «Sans le vouloir, je suis tombée sur la première preuve concrète de la catastrophe du Tauredunum», se réjouit Katrina Kremer.

Mais il y a plus important. Car ce dépôt permet de reconstituer avec précision les événements. «Il ne peut pas s’agir des résultats d’une simple crue, mais du déplacement d’une quantité énorme de sédiment qui, déposé par le Rhône, ne peut venir que du fond du Haut-Lac. Au vu de son caractère localisé, ce n’est pas la conséquence d’un séisme», explique la chercheuse à l’Institut de l’environnement de l’Université de Genève.

A partir de ces constats, Katrina Kremer peut raconter ce qui est arrivé lors de cette funeste journée de 563. Une montagne du Chablais valaisan, probablement une partie du Grammont, est tombée dans le delta du Rhône. Le choc de cet éboulement gigantesque sur le sol mou de la région de Villeneuve s’est répercuté dans le Haut-Lac.

Un dépôt de 250 millions de mètres cube

C’est pourquoi une couche de 10 à 25 mètres de sédiment a été projetée brusquement au milieu du lac, provoquant ce dépôt d’un volume de 250 millions de mètres cube entre Lausanne et Evian. L’effondrement du delta sous-lacustre du Rhône a conduit à un brusque abaissement du niveau de l’eau. Cela a provoqué le tsunami.

Actuellement, un spécialiste de l’Université de Genève modélise cet événement. Dans quelques mois, il pourra non seulement préciser le temps qu’a mis le raz-de-marée pour arriver jusqu’à Genève, mais aussi la hauteur de la vague. Cela permettra de trancher entre Grégoire de Tours et Marius d’Avenches: le premier affirme que l’eau a passé par-dessus la muraille de Genève, tandis que la version de Marius d’Avenches suggère que seuls le pont, les rives du Rhône et la partie basse de la ville furent affectés.

Reste encore à découvrir le bourg enfoui sous la montagne écroulée, quelque part dans le Chablais valaisan, probablement au pied du Grammont.
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